Un scrutin européen riche en surprises et en enseignements


Que de surprises à l’occasion de ces élections tant attendues. De nombreux commentateurs avaient parié sur l’effondrement de ce qui restait du PS. Or, ceux qui ce sont effondrés, ce sont La France Insoumise et Les Républicains. Et, au départ de la campagne, presque tous pensaient que La République en Marche serait en tête du scrutin. Examinons ceci dans le détail.

Une abstention moins élevée que prévue

Tout d’abord, le taux d’abstention. En France, la participation, avec 50,1 % de votants, a été en net redressement (+ 7,7 points) sur celle de 2014 sans pour autant retrouver les niveaux de 1994 (52,7 %), 1984 (56,8 %) ou 1979 (60,8 %). Et dans toute l’Europe, l’abstention est en forte baisse. Serait-ce le début d’une harmonisation des attitudes électorales dans l’ensemble de l’Union, et donc la preuve de l’existence de comportements communs sur l’ensemble du continent?

On peut aussi constater que les forces politiques qui sont en progression sont les forces qui critiquent l’action de l’Union au cours de ces dernières années. Mais si on regarde bien, ils accusent surtout l’Europe de ne pas agir suffisamment. Sur la crise des immigrés pour l’extrême droite, sur l’écologie pour la gauche et les verts. Mais alors, ne faudrait-il pas plus d’Europe, et non pas moins d’Europe, comme beaucoup de dirigeants et de commentateurs le pensaient il y a encore peu?

Un électorat de droite qui se reconnaît en LREM

Dans le détail, et tout d’abord, on ne doit pas oublier que malgré les efforts considérables du Gouvernement pour faire croire que l’enjeu était de battre le RN, la REM a été battue dans les urnes sur le critère même qu’elle avait voulu imposer.

Ensuite, l’effondrement des Républicains à 8,5 % et 8 sièges, contre 20,8 % et 20 sièges en 2014, est particulièrement spectaculaire. Leurs dirigeants ont répété pendant toute la campagne que LR se portait beaucoup mieux que le PS. Et patatras! Ce n’est pas Olivier Faure qui a dû démissionner, mais Wauquiez. La raison de cet effondrement est simple : baisse des impôts sur les riches, attaques contre les fonctionnaires et contre le Code du travail, grève provoquée à la SNCF et répression violente et assumée contre les Gilets jaunes, tout ceci a dû ravir bien des électeurs de droite. Et le ralliement de la droite à l’action des parlementaires de gauche contre la privatisation des aéroports de Paris n’a sûrement pas été comprise par bien des électeurs de droite, habitués depuis trente ans à prôner les privatisations à tout crin. Enfin, l’importance donnée à la Manif pour tous par Les Républicains était sûrement en porte-à-faux par rapport à des électeurs moins réactionnaires en matière sociale et beaucoup moins portés sur l’intégrisme catholique qu’auparavant.

Des « victoires » à relativiser

Le Rassemblement national arrive en tête, donc, avec 23,3 % et 22 sièges, mais sa victoire est en trompe l’œil. Il régresse de 1,6 point par rapport à 2014, recul que la dissidence de Florian Philippot (0,6 %) n’explique pas.

Les écologistes progressent de 4,6 points sur 2014 (8,9 %), mais ne retrouvent pas le résultat de 2009 (16,3 %). Et il faut relativiser un peu ce résultat en notant que les élections européennes, élections à faible enjeu de pouvoir et à la proportionnelle, sont traditionnellement favorables aux écologistes.

La France Insoumise subit un très lourd échec avec 6,3 % et 6 sièges. Elle stagne sur le résultat du Front de gauche (avec le PC cependant) en 2014, mais surtout, elle fait à peine le tiers du score de Mélenchon en 2017 (19,6 % avec le PC là aussi) et perd 4,7 points sur son propre résultat du premier tour des législatives (11 %).

Une gauche éclatée

Et le PS ? Beaucoup spéculaient ou craignaient que le PS n’aurait pas les 5% nécessaires pour avoir des députés. D’autant qu’Hamon, tout le monde semble l’avoir oublié, n’était pas que le candidat du PS aux présidentielles, mais il était aussi le candidat des Verts, en tant que vainqueur de la primaire. Or, sur les 6,36% qu’Hamon avait obtenu, il y avait bien 1,5 à 2% d’électorat des Verts. Il n’y avait donc que 4,5% d’électeurs strictement socialistes. Or, que constate-t-on aujourd’hui: le liste d’union du PS réalise 6,2%, Hamon 3,3%, soit 9,5% au total, plus que LR, bien plus que LFI.

En définitive, il reste trois blocs électoraux : LRM, le RN et la gauche et les écologistes. Les deux premiers blocs sont unis. Le troisième est éclaté. Il faut l’unir, condition absolument nécessaire si ce bloc veut peser aux élections présidentielles et législatives. C’est ce que la direction du PS s’efforce de faire, et au sein de ce bloc, le PS n’est pas mal placé. Donc, un résultat encourageant, et encore beaucoup de travail en perspective. Mais le PS est sur la bonne voie.

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Journal de la fédération du Parti Socialiste