L’école d’antan : modèle fantasmé par J.M Blanquer

Comme à chaque rentrée scolaire, les projecteurs sont braqués sur l’école. 12 millions de jeunes ont fait leur rentrée et avec eux leurs parents ! Tout le monde a un avis sur l’école. Parce que tout le monde y est passé….et que très souvent nos enfants, nos petits enfants y sont…C’est toujours la porte d’entrée sur le monde adulte, la vie professionnelle et tous les enjeux s’y afférents. Mais elle ne joue plus suffisamment son rôle d’ascenseur social. Les dernières études montrent que notre système éducatif est à bout de souffle : il n’absorbe pas les inégalités mais les accroit. Et c’est insupportable. L’école a toujours été et restera un enjeu majeur pour notre société, et par conséquent pour les socialistes. Lorsque l’on cesse d’investir dans l’école, on hypothèque l’avenir d’un pays. Alors, comme chaque ministre, Jean Michel Blanquer veut y laisser son empreinte et nous propose une lecture singulière de l’école.  L’idée que l’école d’autrefois et ses méthodes représenterait l’école idéale.

Et donc différentes mesures ont fait aussi leur rentrée ! Très souvent caricaturales, elles esquivent pour beaucoup les véritables enjeux de l’école : formation des enseignants, scolarisation des 2 ans, problématique du milieu rural, rythmes scolaires. Tour d’horizon des nouveaux dispositifs.

L’arbre qui cache la forêt

Nous avons particulièrement entendu la réorientation nécessaire de l’école : revenir aux bases, «transmettre les savoirs fondamentaux » afin de « préparer les élèves à leur avenir » . Qui oserait dire le contraire ? Ne croyez vous pas que le corps enseignant n’a pas pleinement conscience de sa responsabilité ? qu’évidemment tous les professeurs savent qu’il est indispensable de savoir lire, écrire, compter…mais nouveauté : désormais le ministre compte aussi proposer des outils et des pratiques pédagogiques. Nous avons donc eu le droit à un débat (qui me semble dépassé et réducteur) sur les différentes méthodes de lecture au printemps dernier et leur efficacité, comme si l’objectif des enseignants n’était pas la réussite de leurs élèves.

Cependant, on a ainsi évité le véritable sujet de fond : la formation initiale (remise au goût du jour sous Hollande) et continue, quasi inexistante, des enseignants. Des besoins urgents dans ce domaine persistent : la société évolue, les méthodes d’enseignement doivent le faire aussi. Notre société est connectée : le numérique transforme aussi notre manière d’enseigner, de regarder le monde, de le comprendre. Les enseignants ont donc à intégrer cette dimension dans leur pratique professionnelle. Il faut leur permettre d’expérimenter des  méthodes pédagogiques, de pouvoir échanger entre eux, de se ressourcer… La formation continue est essentielle pour se regénérer dans ce métier mais aussi pour évoluer.

Toujours dans cette optique de « réussite », le Président promettait de dédoubler les classes de CP puis de CE1 dans certains quartiers prioritaires. Un CP à 12 élèves : La mesure est certes louable, elle donne envie et a pu produire des résultats significatifs. Elle n’a cependant concerné que 2200 classes sur les 12 000 prévues. Et surtout ce ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Cela a été possible parce que d’autres mesures, utiles et plébiscités par les équipes éducatives comme « Plus de maîtres que de classe » ont été malmenés. Ainsi, déshabiller un dispositif a permis de pallier le manque de moyens. De même, le manque d’enseignants spécialisés pour traiter de la difficulté scolaire n’est pas illusoire non plus. Or, ces enseignants n’exercent pas uniquement dans les quartiers prioritaires. Ils accompagnent des élèves dans tous les territoires. Les difficultés ne s’arrêtent pas aux portes de la campagne.

Il ne s’agit pas de privilégier une mesure, aussi symbolique soit elle, mais de juxtaposer, combiner des dispositifs en fonction des besoins de chaque territoire. La réduction des effectifs ne fait pas tout pour réformer le primaire.

Et qui peut penser qu’on apprend à lire, à écrire, à compter uniquement au CP ? bien sûr que non ! c’est l’école maternelle qui pose les bases de tous ces apprentissages. Et comment fait on pour acquérir du vocabulaire, de la syntaxe …dans une classe de 30 élèves de maternelle ? notamment lorsque votre langue maternelle n’est pas le français ! il y a là un véritable paradoxe. Il est important dans les années à venir de réaffirmer le rôle essentiel de cette école. Pourquoi ne pas alors dédoubler certaines classes de Grande Section ?

Pourquoi ne pas mettre en place des équipes pluridisciplinaires dans les écoles avec le concours des professionnels du social ? car on sait que l’école est dans la société, reflète la société… l’école n’est pas une bulle, l’élève y amène ses difficultés familiales…il faut donc tester des dispositifs nouveaux !

Des mesures dictées par l’intérêt de l’élève ?

La priorité donnée en apparence au primaire ne doit pas occulter la baisse du nombre d’enseignants souhaitée dans la secondaire sous couvert de baisse démographique ou  la récupération des enseignants sur d’autres dispositifs.

Ainsi, une partie des effectifs nécessaires aux doublements des CP a été ponctionnée aussi sur les écoles rurales. L’implantation d’une école est souvent un enjeu vital pour les bourgs, une attractivité indiscutable.  Nous proposons ainsi à l’ensemble des élèves et à leurs parents un service public éducatif de proximité. C’est lutter contre la désertification de territoires.

De même, la scolarisation des enfants de 2 ans, véritable levier dans la lutte contre les inégalités est remise en cause faute de moyens budgétaires. Nous savons pertinemment que ces mesures sont en faveur des élèves les plus en difficulté. Le temps passé à l’école maternelle a un impact positif sur la suite de la scolarité.

 Ces 2 sujets paraissent bien plus sérieux que la question du portable au collège (qui n’était pourtant pas toléré !).  

L’intérêt de l’élève…c’est un prétexte aisé, facilement utilisé…et très souvent galvaudé. Des nouveaux rythmes scolaires (encore !). Retour à la semaine des 4 jours donc…dans l’intérêt de l’enfant et à la discrétion des communes.

Nous avons l’année scolaire la plus courte et les journées d’école les plus longues. Qui peut décemment penser que cela contribue à la réussite des élèves ?  Si le ministre pensait réellement que la semaine de 4 jours était la meilleure organisation du temps de l’élève, il fallait aller plus loin. Et revoir les temps de vacances afin d’équilibrer l’année…. Mais d’autres intérêts, principalement économiques viennent en collusion ! Et laissez ce choix aux communes, dans ce contexte budgétaire contraint, de choisir entre 4 jours ou 4 jours et demi relève de la lâcheté. L’Etat aurait du prendre cette responsabilité et imposer un dispositif centré véritablement sur l’intérêt de l’élève. Certaines communes ont fait le pari de ce choix politique fort.  

Vers une rémunération au mérite

Cette rentrée s’accompagne d’une multiplication des évaluations : en CP (2 fois dans l’année), en CE1, en 6ème, en 2nde. S’il est normal de vérifier les connaissances des élèves, nous pouvons nous poser la question de l’utilisation de ces évaluations et notamment des résultats sur l’évaluation des enseignants…et des conséquences financières qui en découleraient.

Dans le même esprit, la prime devant incitée/valorisée les enseignants des Réseaux d’Education Prioritaire, promesse de campagne du Président sera finalement conditionnée aux résultats des élèves. La rémunération au mérite se met en place. Et donc concurrence, inéquité et injustice entre les enseignants aussi.

Jean Michel Blanquer, sous couvert de recherches les plus avancées, nous vente les mérites de l’école d’autrefois…mais je crois que c’est la libéralisation de l’école publique qui est en marche.

Gaëlle Le Stradic, Conseillère départemental 

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