Éric Andrieu : « L’Europe doit arrêter de dérouler le tapis rouge aux grandes multinationales »

Député européen depuis 2012, Eric Andrieu est Vice-président du Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes & Démocrates (S&D). Il s'est spécialisé au Parlement européen dans le combat contre les pesticides. Il évoque avec nous ses combats.

-Peux-tu nous exposer ton combat contre les pesticides au Parlement européen ?

J'ai fait un rapport il y a deux trois ans sur l'analyse de la PAC, et je me suis rendu compte que l'agrochimie avait mis la main sur le modèle agricole depuis 40 ans. Mon combat part de là.

C'est un combat contre les multinationales, contre Monsanto, Bayer notamment. Il y a trois multinationales qui maîtrisent le monde du vivant. Ce qui fait qu'aujourd'hui personne n'a le choix de ses légumes et fruits. Le lobby de l'agrochimie ce sont des milliards d'euros. Lutter contre eux c'est aussi lutter contre la financiarisation du monde, c'est une question politique.

Ils ont créé des pesticides pour produire toujours plus et ce, au détriment de la santé humaine et la qualité nutritive. Ils ont abîmé la biodiversité pour faire du fric. Ce modèle agit sur la santé avec des problèmes de puberté précoce, de diabètes, de maladies orphelines, de cancers que l'on n'avait pas par le passé. L’Europe doit arrêter de dérouler le tapis rouge à ces grandes multinationales. Ces constats ont animé mon combat contre les multinationales qui détruisent la planète.

-Le journal Le Monde a même révélé que tu avais subis des pressions et des tentatives d'intimidation. Peux-tu nous en dire davantage ?

Cela a commencé par le fait que Monsanto a refusé de participer à un débat sur le glyphosate au Parlement européen. Cela montre leur mépris pour les instances démocratiques. Ensuite, la veille du scrutin sur le glyphosate, ils ont fait projeter sur la façade de la commission européenne à Bruxelles des images vantant les qualités du glyphosate, ce qui est bien entendu illégal. Après, ils ont glissé des questions à mon assistant sur sa famille, lui demandant 4 fois dans la même semaine comment elle se portait. Ils ont aussi détourné mes mails. Par exemple, tous mes mails contenant le mot « cancer » allaient dans les courriers indésirables. Je fais aussi partie des personnes à surveiller selon Monsanto d'après le fichier qui a été mis au jour. Ils procèdent comme cela partout. Mais tu n'as jamais la preuve que c'est eux. Donc j'ai décidé de rendre public ces pressions pour les faire stopper. Et cela a marché. Je n'en ai plus depuis.

-Quels ont été les avancées permises par l'Europe dans le domaine écologique ces dernières années ?

Il y en a eu beaucoup, difficile de toutes les citer. Il y a eu l'avancée sur le glyphosate qui va être bientôt interdit. Il y a eu aussi par exemple ces 4 derniers mois 3 dossiers qui ont abouti pour donner plus de moyens, plus d'indépendance aux agences contrôlant les pesticides. Il y a eu d'autres textes luttant contre les pesticides qui ont abouti mais aussi des victoire contre la pêche électrique ou pour augmenter le budget destiné à préserver les ressources halieutiques ou encore sur le diesel. Mais on en n'a pas fait assez sur la biodiversité. L'un des enjeux de la prochaine mandature va être la révision de la directive 1109 de 2009 sur les pesticides pour gagner en transparence et éviter les conflits d'intérêts dans les études scientifiques sur les molécules.

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-Quelles actions concrètes l'UE pourrait-elle engager à l'avenir pour préserver notre environnement ?

Il faut qu'on réoriente toutes les politiques publiques, qu'on conditionne toute action au regard de l'enjeu environnemental et climatique. La PAC doit être ainsi réorientée complètement.

Notre objectif est de créer un budget européen de 500 milliards d'euros sur les 5 prochaines années pour le climat et la biodiversité. Ce budget serait financé par un impôt européen sur le bénéfice des grandes sociétés comme les GAFAM. Nous souhaitons aussi créer une banque européenne pour le climat et la biodiversité destinée à financer la transition écologique. Elle financerait et subventionnerait à hauteur de 400 milliards d'euros chaque année des investissements en faveur de la transition écologique. La France en recevrait 50 à 60 milliards d'euros par an. Ces investissements doivent concerner la transition énergétique : les énergies renouvelables, des programmes pour améliorer l'isolation des logements mais aussi des programmes pédagogiques, notamment à l'école pour apprendre à consommer différemment.

On doit aussi donner les moyens financiers à la recherche pour avoir une expertise indépendante dans le domaine. La gestion du gaspillage alimentaire est aussi un enjeu essentiel.

Propos recueillis par Kevin Alleno

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