GAFAM et données personnelles : un enjeu pour les libertés fondamentales

« Votre ami Facebook capte les moindres détails de votre vie personnelle pour en faire un objet de profit, une plateforme ouverte à toutes les manipulations, à toutes les propagandes. Rien de ce qui nous touche ne doit plus nous rester étranger, ni échapper à des règles, à des choix collectifs »: citation du discours l’Olivier Faure au congrès du PS à Aubervilliers.

Certes, Facebook a tout pour plaire : d’abord, la gratuité, la facilité d’utilisation, la capacité à retrouver des amis perdus de vue depuis longtemps, les conversations avec les « ami-e-s » qui n’en finissent jamais, l’instantanéité, bref, tant de choses… D’où un succès fulgurant. Il suffit d’aller dans une réunion ou un congrès fédéral du PS, dans les couloirs, on a l’impression que le principal mot récurrent dans les conversations c’est Facebook par ci, Facebook par là. Effet secondaire : on a parfois l’impression que des débats internes, qui devraient s’exprimer au sein des sections, dans les débats fédéraux ou lors des congrès, se déploient sans scrupules et même parfois de façon exacerbée dans les réseaux sociaux, ce qui est dangereux pour tout le monde.

Les données personnelles, une mine d’or pour les GAFAM et les start-up 

Pourtant, depuis peu, il y a un autre petit bruit qui s’amplifie, et Facebook, comme les autres GAFAM (acronyme des géants du web, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), est l’objet de critiques de plus en plus virulentes. Même si certains se méfiaient de Facebook depuis longtemps, partant du principe que la gratuité ne pouvait être qu’un leurre, c’est surtout à partir du scandale de Cambridge Analytica, société de communication stratégique combinant des outils d’exploration et d’analyse des données aux Etats-Unis mais aussi en Grande Bretagne, que le problème est enfin parvenu sur le devant de la scène. Cette société a en effet réussi à entrer en possession des données personnelles de millions de membres de Facebook, et même de non-membres (un comble), pour ensuite les utiliser à la fois en faveur du Brexit, et de l’élection de Trump. Ainsi, ceux qui utilisent Facebook courent un risque très important de voir leurs données personnelles utilisées par la droite dure. Et cependant, rien ne semble devoir arrêter l’appétit de beaucoup d’entre nous pour ce réseau social pour le moins dangereux. Il serait tout de même temps d’alerter nos amis et de réfléchir à ce que nous pouvons faire.

Car la gratuité n’est qu’un faux semblant. En réalité, la plupart des start-up ne peuvent vivre que de l’exploitation des données personnelles de leurs clients. Marianne, dans son numéro du 18 au 24 mai, en donne un exemple éclairant : quand Apple a modifié son moteur de recherche Safari et déployé une nouvelle fonctionnalité qui limitait le dépôt de cookies, la start-up française Criteo a anticipé une chute de son chiffre d’affaires de 22%. Car non seulement les GAFAM se gavent de nos données personnelles, mais celles-ci sont aussi utilisées par d’autres… Pire encore, les réseaux sociaux peuvent être des armes létales. Les fausses accusations peuvent se répandre comme une trainée de poudre, sans vérifications aucunes, et la réputation de personnes innocentes durablement entachées, quand leur vie quotidienne ne devient pas un enfer et leur carrière fatalement compromise.

Une prise de conscience collective

Il était grand temps que les différents Etats se mobilisent pour changer la législation et mieux protéger leurs citoyens.

Et en effet, ça bouge. Tout d’abord, d’après un sondage réalisé par BVA et publié dans Le Télégramme du 24 mai, 70% des Français considèrent que la confidentialité sur Internet n’est pas correctement assurée. 71% sont fortement préoccupés par le risque de piratage de leurs données, et 77% se disent inquiets sur la manière dont les GAFAM utilisent leurs données personnelles. 47% des sondés considèrent même que les géants du web ont plus de pouvoir que les Etats.

Ainsi, le 25 mai, est entrée en vigueur la législation européenne visant à mieux protéger les données personnelles. Et en France, La Quadrature du Net a déposé lundi 28 mai, auprès de la CNIL, au nom de 12 000 plaignants, des plaintes collectives contre Facebook, Google, Apple, Amazon et Linkedin. Motif : elle reproche à ces entreprises de forcer les utilisateurs à partager avec elles leurs données. Le Quadrature du Net a aussi proposé des principes de comportement responsable : pas de privatisation de la justice; pas d’affirmation sans preuve; pas d’injures ni d’attaques personnelles; la fin ne justifie pas les moyens. Sages préconisations, que chacun devrait reprendre à son compte.

 

Axel Quéval 

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