Le Gouvernement s’attaque au sport

Depuis plusieurs semaines, le mouvement sportif est en émoi. Plusieurs athlètes n’ont pas hésité à prendre la parole et une pétition très populaire a été mise en ligne. Début septembre, la lettre de cadrage de Matignon, demandant au ministère de supprimer 1.600 équivalents temps plein entre 2018 et 2022 avait mis le feu aux poudres. Ainsi le budget du sport qui tournait petitement à 1 milliard d’€ de l’Etat, tout confondu, se voit amputé. Pour la seconde année consécutive, il subit une baisse, cette fois de 30 millions d'euros soit 6.25%, en 2019 après les 7.7% de 2018. Actuellement, les collectivités financent le sport en apportant au total 13 milliards d’euros par an. Le mouvement sportif est souvent conciliant, mais cette fois toutes les fédérations sont unanimes pour dire qu’il n’est plus acceptable que le sport soit sacrifié.

Une mise à mal de la cohésion au sein de la société 

Le gouvernement, malgré son habile communication, abandonne le sport. Le soutien à l’investissement s’est amoindri, les subventions locales ont été contraintes. Des dizaines de milliers de contrats aidés indispensables au bon fonctionnement des clubs et des formations amateurs ont été supprimés, L’engagement bénévole, la participation essentielle à la citoyenneté et à l’éducation, sont perdus de vue au sommet de l’Etat. La situation est grave, car en sacrifiant le sport, c’est toute la société qu’on déstructure. Les clubs et leurs bénévoles font un travail extraordinaire partout en France. Dans certains quartiers difficiles, ou dans certaines zones rurales, il ne reste parfois que le sport comme vecteur de commun et d’intégration.

Une déconnexion entre la parole et les actes 

Comment accepter une telle contradiction entre les discours et les actes ? Juste après la victoire de l’équipe de France de football à la Coupe du Monde, tout le monde se souvient que le président Emmanuel Macron avait remercié les « bénévoles qui ne comptent pas leurs heures et tous les clubs amateurs formateurs de nos champions. Idem du côté du premier ministre Edouard Philippe. En septembre 2017, lorsque le Comité International Olympique avait désigné Paris ville-hôte des Jeux Olympiques 2024, il avait félicité le sport français de sa force, symbole d’excellence et de réussite.

Le sport amateur en danger

Le sport en France, c’est 17 millions de licenciés et 3,5 millions de bénévoles. C’est donc le plus important mouvement social du pays. C’est aussi un ascenseur social majeur. Les footballeurs champions du monde ont rappelé que les sportifs viennent souvent des communes en difficulté. Le sport a de façon générale une utilité sociale que nos indicateurs économiques ne savent pas mesurer. Le désengagement de l’Etat prépare la libéralisation de tout un secteur et l’asphyxie du sport amateur et de toutes ces associations sportives qui font le maillage de nos territoires. Le sport pour tous ne peut pas être ubérisé ni mis en charpie.

Estelle Picard 

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