« J’ai appris »

Arnold Racine est né militant et mourra militant, 
avec des convictions profondes rivées au corps. 
Proche de François Mitterrand durant ses campagnes 
électorales, il nous convie à une leçon de civisme républicain. 
Un témoignage d'autant plus important dans le contexte 
actuel de montée des extrêmes.

« Avant la seconde guerre mondiale, personnellement, je ne soupçonnais pas que j'étais différent des autres enfants de ce pays, pays où je suis né. 

J'avais un grand-père qui vint de Russie en France en 1905, Russie où la chasse aux juifs était un passe-temps courant. 

En 1914, il jugea opportun de s'engager pour défendre le pays qui l'avait reçu lui et sa famille. 

Puis après la guerre de 1914-1918, il s'est inscrit dans une Association d'Anciens Combattants, pour à la suite des décrets d'octobre 1940, en être exclu, avec interdiction de porter ses décorations. 

Cet étranger m'avait appris que la République en France avait dès 1789 été le premier pays dans le monde à avoir reconnu les juifs comme des citoyens à part entière.

Les mots Liberté-Égalité-Fraternité étaient le souffle de vie qui donnait cet espoir. 

Mais le mot « Humanité» a-t-il réellement la signification que l'on veut lui donner ? 

Grand-père me disait : « tu es fils d'étranger et, par ce fait, tu dois montrer l'exemple, apprendre à l'école « des Hussards de la République » (nom que l'on attribuait aux instituteurs), tout ce qui concerne ton pays. »

J'ai donc appris que le patriotisme n'était ni le chauvinisme, ni le nationalisme bêlant. 

J'ai appris que le 22 septembre 1792, devant le Moulin de Valmy, une certaine noblesse dite « de souche » portait l'uniforme prussien contre le peuple de France, simplement pour rétablir ses privilèges. 

J'ai appris, à mon époque, que la Révolution Nationale d'un dénommé Philippe Pétain prêchait la haine envers d'autres Français, en collaborant avec les héritiers de ces mêmes Prussiens. 

J'ai aussi appris que des femmes et des hommes appartenant au Mouvement Ouvrier Immigré pouvaient mourir pour la « Liberté - Égalité -- Fraternité » en criant VIVE LA FRANCE avec l'accent yiddish, polonais, espagnol, italien...

J'ai appris que les premiers chars de l'Armée de Leclerc étaient conduits par des anarchistes espagnols. 

J'ai appris que les premiers soldats de la France Libre venaient d'Afrique... 

J'ai appris que l'on pouvait devenir français par le sang versé. 

Dès lors, nous, les citoyens de ce pays, nous n'appartenons qu'à une seule communauté : « La République ». 

Moi, ce petit Français, qui parfois a la nostalgie de l'âme slave, des tsiganes, je sais avec certitude mon appartenance à cette terre « France ». L’homme n'a pas à s'assimiler, à renier sa famille, mais il a le devoir de s'intégrer. S'intégrer, c'est comme un amour passionné. C'est aimer ce peuple qui est le sien et savoir aussi prononcer ce mot d'amour : France. »


Extrait du livre : 

Arnold RACINE 

de Maurice WINNYKAMEN, Edilivre-Aparis


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