Jean Jaurès, le socialisme et la République en étendard

Actuellement aux côtés de Léon Blum et de François Mitterrand, Jean Jaurès demeure la vraie référence pour la gauche. Il est considéré à bien des titres comme le fondateur du socialisme en France et le symbole de la gauche.

Dans les milieux politiques, il est toujours question d'influences jaurésiennes ou de style jaurésien. C'est que Jaurès a véritablement marqué son époque, et la politique française.

Il est l'homme qui a défendu le fameux « J'accuse » de Zola. Son art oratoire n’a pas d’égal. Aujourd'hui encore, il est loué et suscite bien des nostalgies. Son engagement social à Carmaux, son combat pour l'action sociale, son acharnement à vouloir réunir les mouvances socialistes et la création de son journal « L'Humanité » l'ont ancré dans notre histoire politique. Sa fin tragique et son combat insatiable pour la paix font partie de notre héritage historique.

Il est l’incarnation à nulle autre pareil du combat jusqu’au boutiste qui mue un homme pour ses convictions et ses idées, fut-ce au prix de sa vie.

Le fondateur de L'Humanité

L'histoire fait de Jean Jaurès un des grands personnages du début du XXe siècle. Jaurès entre en politique en 1885, pendant la Troisième République. Au départ, c’est un républicain, et il suit notamment le député Jules Ferry. Puis il adhère progressivement au socialisme. En prenant la défense des grévistes, puis des mineurs de Carmaux ou encore avec l’affaire Dreyfus, Jaurès s’impose comme un leader socialiste français. En 1902, il devient vice-président de la Chambre, et s’engage pour le « Bloc des gauches ». Il fonde le journal l’Humanité en 1904 en associant les valeurs républicaines et socialistes. En 1905 a lieu le Congrès du Globe à Paris qui unifie les différentes sensibilités socialistes de France et fonde la SFIO. Jaurès partagera la direction de la SFIO avec le marxiste Jules Guesde. Jaurès est également un pacifiste convaincu et la paix fut son dernier combat avant de mourir assassiné dans les conditions que nous connaissons.

Orateur et philosophe accompli

L'histoire ne retient de Jaurès surtout ces quelques dates et les grands discours marquants.

Mais Jaurès était aussi et on l’oublie souvent un philosophe qui a produit une pensée très dense et très riche. Avant de s’adonner à la politique, Jean Jaurès s'est beaucoup consacré à la philosophie. Il y était même revenu après sa défaite en 1889. Outre les écrits politiques, ses discours et toute une série de volumes sur « L'histoire socialiste de la révolution française », Jaurès a publié deux thèses philosophiques « De la réalité du monde sensible » et « Les origines du socialisme allemand » qui ne sont pas neutres quant aux convictions et à la quête d’unité qu’il portera ensuite.

Le Philosophe Jaurès accorde une très large place à la métaphysique. Si Jaurès a voulu édifier une métaphysique de l’unité de l’être, c’était afin de construire disait-il la propédeutique c’est-à-dire les fondements de sa pensée. « La cité socialiste est bâti sur un terrain métaphysique » disait-il, à savoir, fondée sur « cette science du fondement de toute chose » ayant pour objet l'être, l'univers, les destins suprêmes de l'existence de tous les êtres.

Un fervent républicain

Jean Jaurès nous a laissé une production politique très complète. Il n'est pas loin d'avoir traité de tous les problèmes : la misère, les dangers du colonialisme, la paix, l'armée.... Il se réclamait socialiste tout en se disant républicain et faisait du socialisme l'accomplissement de la République.

Il avait la volonté de chercher à faire advenir une nouvelle société et une transformation sociale afin de combattre la logique libérale des intérêts individuels et de substituer au modèle unique du capitalisme un collectivisme abolissant la propriété privée. En même temps, il était éminemment républicain et attaché aux institutions et aux valeurs républicaines. Ce Républicanisme complique l'analyse de la doctrine Jaurésienne. Il introduisait une mystique républicaine dans le socialisme qui contrebalançait la doctrine socialiste dans ses fondements matérialistes marxistes.

Le socialisme comme accomplissement de la République

En 1903 à Albi Jaurès s’adresse, « à la jeunesse », et prononce ce célèbre « Discours de la jeunesse » dans ce lycée ou lui-même avait été élève avant d’y exercer comme professeur de philosophie quelques années plus tard. De ce célèbre discours on cite le plus souvent le passage sur le courage. Moins couramment celui où Jaurès s’interroge sur ce qu’est la République, c’est pourtant bien cette ambition qu’il poursuit en prononçant ce discours. La montée, du nationalisme et de l’antisémitisme n’y était pas étrangère. Pour exposer ses idées, Jaurès évoque d’une part la manière dont se construit et se met en place la République, et d’autre part de comment il perçoit la République française. Il expose pourquoi la République doit, pour être complète et fidèle à ses principes, mener au socialisme. Il en retrace l’histoire récente, et montre qu’elle doit désormais réaliser dans l’ordre économique ce qu’elle a réalisé dans l’ordre politique, à savoir, quel qu’en soit le nom – socialisme, communisme, collectivisme – : donner au peuple le pouvoir sur le travail et la propriété.

« Car le prolétariat dans son ensemble commence à affirmer que ce n’est pas seulement dans les relations politiques des hommes, c’est aussi dans leurs relations économiques et sociales qu’il faut faire entrer la liberté vraie, l’égalité, la justice. Ce n’est pas seulement la cité, c’est l’atelier, c’est le travail, c’est la production, c’est la propriété qu’il veut organiser selon le type républicain. À un système qui divise et qui opprime, il entend substituer une vaste coopération sociale où tous les travailleurs de tout ordre, travailleurs de la main et travailleurs du cerveau, sous la direction de chefs librement élus par eux, administreront la production enfin organisée »

(Le Discours de la Jeunesse, 1903 Albi)

 

Estelle PICARD

EN COMPLÉMENT :

Quels parlementaires ? Les choix de Jaurès, Note de Gilles Candar pour la Fondation Jean Jaurès, 19 janvier 2017

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur Jean Jaurès, son action et l'idéal qu'il représente, le 16 novembre 1988 :

Extrait : « De Jaurès, Jules Renard, le Nivernais, disait à la même époque : "il avait les poings pleins d'idées". Et j'imagine tous ceux qui ont choisi cet emblême d'un poing qui va s'ouvrir pour former le signe de la main tendue, porteur de la fleur qui elle-même représente le symbole de la beauté et de l'amour. "Il avait les poings pleins d'idées" : si le poing s'ouvre, les idées partent un peu partout. Le monde les recueillera, j'en suis sûr. »

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République pour la Cérémonie d'hommage à Jean Jaurès, à Carmaux (Tarn) le 23 avril 2014