La construction intellectuelle d’un homme de droite

Si l'on ne peut juger une personne à ses lectures, il est possible en revanche de se faire une idée assez précise d'un homme politique au commentaire de celles-ci. C'est d'autant plus aisé d'ailleurs lorsque l'on connaît l'action entreprise par cet homme aux plus hautes responsabilités de l'État. Ainsi dans Des hommes qui lisent, l'actuel Premier ministre nous expose son cheminement et sa construction intellectuels en commentant les livres qui l'ont marqués.

Au delà du livre, promouvoir la lecture

Ce texte a le mérite de mettre en valeur le livre, et plus encore, la lecture. Édouard Philippe développe en effet une réflexion intéressante sur le livre qui ne doit pas être un fétiche. Il affirme ainsi, en rappelant ce que fut son action dans le domaine au Havre, qu'il convient davantage de mener une politique publique en faveur de la lecture, si important que soit l'objet livre. Édouard Philippe rappelle que la vision d'un dirigeant politique se forge aussi par la lecture. Ce fut le cas de de Gaulle, Pompidou et Mitterrand. Ce qui s'est malheureusement un peu perdu aujourd'hui.

Un itinéraire libéral

A la lecture de son livre, on comprend mieux surtout la trajectoire politique d'Édouard Philippe. Socialiste éphémère se réclamant du rocardisme à la section de Sciences Po, il quitte cette voie rapidement pour voguer vers la droite. Il confesse néanmoins une admiration pour Léon Blum qui fut, comme lui, conseiller d'État. Il raconte aussi avoir apprécié la lecture et les thèses de La route de la servitude d'Hayek, connu pour ses théories économiques ultralibérales. Dans ce livre paru en 1942, Hayek explique ni plus ni moins que toute intervention publique dans l'économie mène au totalitarisme. Il y met aussi en exergue le caractère fondamentalement socialiste du nazisme. L'appréciation de cette lecture explique peut-être le souci constant de dérégulation dans son action au Gouvernement même si l'on ne pense pas que Philippe souscrive aux thèses hayekiennes les plus excessives.

Au commentaire de ses lectures, on comprend aussi qu'Édouard Philippe fut plus attiré au RPR par le « moment néolibéral » décrit par Jean Baudouin que pour le patrimoine gaullien qu'incarnait Philippe Séguin. Ce qui l'amena naturellement à inscrire ses pas dans ceux d'Alain Juppé et à fonder avec lui l'UMP. Rappelons au passage qu'Alain Juppé ne représentait pas l'aile gauche du RPR et encore moins le gaullisme social. Ce qui rend le rapprochement politique avec d'anciennes personnes de gauche encore plus étonnant avec le recul. C'est dire à quel point la droite s'est radicalisée sous le mandat Sarkozy pour excommunier aujourd'hui un Juppé qui serait trop à gauche.

A cette lecture, on comprend finalement bien mal comment des personnes se réclamant de la social-démocratie peuvent soutenir son gouvernement. Car Philippe s'affirme dans ce livre comme un libéral convaincu, la gauche ne constituant pour lui qu'un vague souvenir de jeunesse. Comme il le disait lors de son intronisation à Matignon, Édouard Philippe est bien un « homme de droite ».

Kevin Alleno

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