« La démocratie ne se décrète pas, elle se vit tous les jours dans tous les lieux… »


Jean-Marc Thépaut, secrétaire départemental de la CFDT*, a accepté de répondre à nos questions. Il nous livre sa vision du syndicalisme et de la démocratie sociale.

Quelle vision du syndicalisme défendez-vous à la CFDT ?

La CFDT porte un syndicalisme de transformation sociale choisi par les travailleurs, elle a fait le choix d’être un syndicat d’adhérents. Elle tient une vision de démocratie sociale et un syndicalisme « du pouvoir d’agir ». La CFDT est le premier syndicat français en nombre d’adhérents : 623 802, des hommes (50,5%), des femmes (49,5%), qui travaillent dans tous les secteurs professionnels, dans les petites et les grandes entreprises, dans le privé en majorité, dans le public et dans toutes les régions de France. La CFDT est le premier syndicat de France, depuis décembre 2018, secteurs privé et public confondus (en nombre de voix aux élections professionnelles). Elle est 1ère dans le privé depuis 2017 et 2ème dans la fonction publique.

La CFDT est le syndicat où l’adhérent a des droits. Le droit d’être écouté, respecté, informé, défendu gratuitement en cas de problème. La CFDT est un syndicat pragmatique qui préfère trouver des solutions par le dialogue, mais n’hésite pas à se mobiliser contre des mesures injustes comme la réforme des retraites de 2010.

La CFDT sait que le monde change, qu’il faut en permanence mettre à jour les revendications pour faire face aux évolutions du marché du travail, à la précarité. La CFDT est adhérente à la Confédération européenne des syndicats (CES) et se prononce pour une Europe politique, sociale, capable de faire face aux nouvelles puissances pour créer des emplois, préserver sa protection sociale et faire progresser les qualifications.

Quelles relations doivent entretenir acteurs politiques et syndicats selon vous ?

La CFDT est une organisation apolitique, combien même les organisations politiques (hors extrêmes bien sûr) sont des acteurs incontournables de la société civile et ont une place importante dans la réflexion et les décisions politiques qui modèlent aujourd’hui notre société.

La CFDT veut peser sur cette modalisation et a une vision sociétale bien à elle. C’est pourquoi, il nous semble important de tisser des relations avec le monde politique dans le but de confronter nos idées, de construire quand cela est possible sans jamais se compromettre.

Votre organisation a signé avec 18 autres organisations un pacte social et écologique mis en avant par Laurent Berger et Nicolas Hulot. Pouvez-vous nous dire quels en sont les idées forces et comment vous comptez les défendre sur le terrain ?

Sans vouloir présager des forces de l’Union Départemental, je pense que les 4 axes majeurs de ce pacte social et écologique doivent être pris en charge.

Donner à chacun le pouvoir de vivre, dans un cadre commun en protégeant notre avenir et celui des générations futures ;

Remettre l’exigence de justice sociale au coeur de l’économie ;

Préparer notre avenir en cessant de faire du court terme l’alpha et l’oméga de nos politiques publiques ;

Enfin, partager le pouvoir pour que chacun puisse prendre sa part dans la transformation de nos vies.

Cependant nous nous attacherons à porter les points suivants dans notre territoire : Un travail émancipateur, construire un bouclier de services publics dans tous les territoires (fracture territoriale), construire l’égalité réelle entre les femmes et les hommes (enfin !), lutter contre les discriminations, une solidarité intergénérationnelle (sécuriser l’emploi pour les seniors), redonner du sens au partage des richesses, organiser la transition écologique dans les territoires et anticiper les mutations de l’emploi, partager le pouvoir dans les entreprises, accroître le droit d’expression au travail.

Que faudrait-il faire enfin pour fonder une véritable démocratie sociale ?

L’entreprise et ses salariés se portent mal, les mutations technologiques et capitalistiques ont modifié l’organisation des entreprises et du travail.

Depuis trente ans, les inégalités de revenus ont aussi explosé, atteignant des sommets d'indécence et d'absurdité. Les conditions de travail et les relations humaines dans l'entreprise se sont dégradées. Le travail a perdu de son sens créateur ; il est traité avant tout comme un coût qu'il faut s'acharner à réduire, et le travailleur comme une simple variable d'ajustement, dans un contexte de chômage massif et durable et de précarité pour la main d'oeuvre encore employée.

Une stratégie pour un vrai plein emploi, l’éradication de la pauvreté et la lutte contre les discriminations sont inséparables de la mobilisation des salariés et de leurs organisations. De tels objectifs ne peuvent, en effet, être délégués des seules responsabilités des pouvoirs publics, et à la seule politique économique et sociale.

Le rôle des acteurs sociaux, et plus généralement de la « société civile », est aussi décisif pour promouvoir une telle société de plein emploi. Le retour au plein emploi doit ainsi s’accompagner d’une réelle démocratisation des relations sociales et de la conquête de nouveaux droits pour les salariés, qu’ils soient collectifs ou individuels, que ce soit dans les entreprises ou dans la société, notamment dans le domaine de la protection sociale et des services publics.

La démocratie ne se décrète pas, elle se vie tous les jours dans tous les lieux…

 

Propos recueillis par Kevin Alleno


* La CFDT est un syndicat qui a toujours dénoncé toutes les dictatures d’où qu’elles soient et qui a aidé des syndicalistes à instaurer la démocratie comme en Pologne dans les années 80. La CFDT est un syndicat laïc qui respecte toutes les croyances religieuses ou philosophiques tant qu’elles ne conduisent pas à la haine, au racisme, à l’exclusion.

EN COMPLÉMENT :

Berger et Hulot s'engagent pour un «pacte social et écologique», Amandine Cailhol, Libération, 5 mars 2019

Le pacte du pouvoir de vivre

La démocratie ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise !, Note de Jean Grosset et Pierre Victoria pour la Fondation Jean Jaurès, 2 octobre 2018


Pour comprendre les propositions de nos parlementaires en cohérence avec ce Pacte :