Le coût de la démocratie

C’est l’une des critiques les plus entendues parmi les Gilets jaunes, les politiques sont trop payés. Il faudrait ainsi que leur indemnité n’excède pas le revenu médian. On entend même parfois des personnes se plaindre des sessions des collectivités locales qui coûteraient très chères et que l’on pourrait aisément supprimer.

Le rôle de l’indemnité : la compensation des pertes de revenus

Les indemnités des élus ont pour fonction de compenser la perte de revenus induite par l’exercice du mandat et de leur assurer une certaine indépendance face aux tentatives de corruption. Un parlementaire est ainsi contraint de mettre sa carrière de côté pour exercer son mandat. Si l’indemnité n’existait pas, ou si elle était bien plus basse, cela reviendrait à réserver la politique aux riches ou aux personnes pouvant renoncer à leur salaire. 

Le mandat parlementaire est l’un des plus rudes. Les députés LREM sont d'ailleurs en train de le mesurer douloureusement. Semaines divisées entre le travail au Palais Bourbon et les déplacements en circonscription, le tout dans une tendance à un examen des textes de lois à un rythme industriel. Des semaines de 70 à 80 heures de travail qui se répercutent inévitablement sur la vie familiale. Un sacrifice de la vie personnelle qui s’ajoute à des pressions récurrentes, aux prises à partie régulières. En abaissant l’indemnité des parlementaires à 1772 euros par mois est-on sûr d’avoir autant de postulants, et surtout, qu’ils soient de qualité ? Rien n’est moins sûr. Ou alors, ces personnes continueraient leur travail, ce qui reviendrait à une nouvelle sorte de cumul et donc à un investissement moindre sur le mandat.

La baisse du nombre de parlementaires : des économies réduites

S’agissant de nos institutions, supprimer telle ou telle institution, ou baisser le nombre d’élus, ne fera pas faire d’économie drastique. Le Sénat coûte 4,16 euros par an par Français et l’Assemblée nationale 8,5 euros. Baisser le nombre de parlementaires d’1/3 ferait faire 130 millions d’économies. Sachant qu'une politique publique d'envergure se chiffre en milliards d'euros. On éloignerait donc les parlementaires des citoyens sans apport véritable pour une autre politique publique.

La démocratie a un coût. Ecouter, débattre, concerter, cela nécessite du temps et donc de l’argent. Vouloir rogner dessus dans une simple logique comptable aurait des conséquences dangereuses. Cependant, affirmer que la démocratie a un coût, comme tout service public, n’exclut pas de chasser les dépenses inutiles et les excès éventuels. Mais vouloir que les politiques gagnent le moins possible risque finalement de transformer notre démocratie en une ploutocratie c’est-à-dire en une république des riches.

Kevin ALLENO

 

 

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Faire vivre le moment parlementaire, Note de Maxime des Gayets pour la Fondation Jean Jaurès, 18 octobre 2017