Macron et le splendide isolement

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La macronie voudrait faire croire que son chef est le seul rempart contre l’extrême droite et à la tête d’une croisade paneuropéenne où tous les « républicains et démocrates sincères », comme on disait, le suivent ou le suivront. Outre que cela dénote un orgueil incommensurable bien typique du pouvoir actuel, la réalité est bien sûr tout autre.

La perte de crédibilité de Macron en Europe

Depuis le début, Macron reprend les discours « pro-européens » dans la droite ligne des consensus des années 60, 70 et 80 : programme présidentiel, discours de la Sorbonne, discours en Allemagne lors de la journée nationale de deuil allemand relative aux morts des deux guerres mondiales, les annonces qui se voulaient tonitruantes n’ont pas manqué. Cependant, la réalité, elle, a la vie dure. Après l’élection du président français, un a priori plutôt favorable à l’étranger n’a donné lieu à quasiment aucune proposition concrète soutenant les initiatives de Macron. Après le discours de la Sorbonne, idem. Après le discours au Bundestag, l’explosion des gilets jaunes a définitivement mis fin à l’état de grâce de Macron à l’étranger, lui ôtant toute crédibilité. Toute initiative macronienne apparaît désormais, à l’étranger, comme une initiative franco-française destinée à sortir Macron des difficultés qu’il s’est lui même créé sur la scène politique intérieure. Enfin, après son texte publié dans la presse de vingt-huit pays européens le 4 mars 2019, le dernier en date, qui faisait le deuil des discours précédents et était beaucoup moins ambitieux, on a trouvé les mêmes propos lénifiants, la même absence de consensus. C’est que l’Europe comprend 27 ou 28 pays membres (suivant que l’on compte ou non le Royaume-Désuni), au sein desquels il est difficile, sur presque tous les sujets, de trouver un accord, même sur les thèmes qui faisaient l’objet d’un consensus évident et total entre les six membres fondateurs. Et une initiative purement française, mal préparée et mal orientée, ne correspondant pas aux préoccupations des gens, aura forcément du mal à mobiliser. Surtout, l’Europe n’avance plus. Or, en politique, c’est comme sur une bicyclette : si on n’avance pas, on tombe. Les populations européennes n’ont plus une foi aveugle dans le simple fait que l’Europe va continuer à se construire, et que tout ira bien. Or que fait Macron : il fait comme si c’était le cas et continue de faire des propositions dans la droite ligne des 30 glorieuses, sans trop consulter les autres au préalable, s’imaginant que tous vont se rallier à son panache blanc, sauf les méchants populistes. Il parle en chantre de la renaissance européenne, ce qui énerve prodigieusement tous les autres, puisqu’implicitement, il condamne leur action passée. Macron se fait, décidément, comme beaucoup de débutants, bien des illusions.

L'isolement sur la scène européenne

On l’a bien vu lors de la dernière décision de Bruxelles concernant les futures négociations commerciales avec les Etats-Unis : la France a été le seul pays à s’y opposer. De même, sur le Brexit, Macron souhaitait éviter un report long. C’est pourtant ce qui a été décidé. Seuls, les gouvernements belges, luxembourgeois, espagnols et maltais l'ont soutenu. Tous les autres pays, ainsi que les Président de la Commission, J.C Juncker, et le président du Conseil, D. Tusk, ont refusé de le suivre. Le fameux axe franco-allemand ne semble fonctionner que dans l’abstrait, mais dès que l’on donne dans le concret, il a une fâcheuse tendance à disparaître!

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Une des raisons du grand isolement de Macron, c’est que la République en Marche n’a quasiment aucun allié en Europe. Les futurs députés LREM ne savent toujours pas à quel groupe ils vont s’affilier. Pas au groupe socialiste, c’est certain! Pas au groupe de la droite pro-européenne, donc à côté des Républicains. Probablement plutôt au groupe libéral, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, actuellement 4ème parti européen avec 68 sièges, derrière les conservateurs, les socialistes et les euro-sceptiques. Ce groupe, constitué essentiellement de députés isolés dans leurs pays, souvent représentatifs de minorités ethniques, comprend en particulier les libéraux flamands, pour l’heure alliés au sein d’un gouvernement belge comprenant les extrémistes flamands, anti-francophones et anti-immigrés, de la Nouvelle alliance flamande! On y trouve aussi les libéraux britanniques et les libéraux allemands, carrément à droite. Ainsi que trois députés suédois appartenant à trois partis différents, deux slovènes de centre-droit, un luxembourgeois, un député letton, un républicain italien, deux radicaux italiens, un irlandais indépendant, deux hongrois, un député du parti de la minorité suédoise de Finlande, un nationaliste basque et un nationaliste catalan, un indépendant chypriote, un indépendant autrichien, etc…

Une alliance ambigüe

Par ailleurs, l'alliance de LREM avec Ciudadanos pose un problème particulier. A l’origine considéré comme un parti de centre droit, il a vite révélé sa vraie nature en prenant la tête de la campagne anti-indépendantiste en Catalogne, n’hésitant pas à mettre de l’huile sur le feu, alors même que le gouvernement socialiste espagnol essayait de faire diminuer la tension en prônant l’écoute et la négociation. Mais surtout, Ciudadanos n’a pas hésité à faire alliance avec Vox, le parti d’extrême droite nouvellement créé en Espagne, direct héritier du franquisme, ultra-catholique, anti-avortement, anti-immigrés, anti-féministe, anti-social, pour renverser le gouvernement socialiste en Andalousie, la principale région espagnole en termes de population. Ainsi, En Marche, qui se prétend le leader auto-proclamé de la croisade anti-extrême droite en Europe, se trouve en fait avoir comme principal allié un parti espagnol qui est justement l’allié de l’extrême droite. Voilà qui en dit vraiment très long sur les ambiguïtés, voire les compromissions, auxquelles Macron semble être prêt pour tenter désespérément de peser sur la scène européenne.

Axel Quéval

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