Olof Palme (1927-1986), figure marquante de la sociale-démocratie scandinave

 

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Olof Palme est de loin le plus connu des représentants de cette fameuse social-démocratie scandinave. Cela s'explique principalement par deux choses : la stature internationale acquise grâce à ses prises de positions pacifistes ainsi que ses médiations pour le compte des Nations unies et le mystère qui plane encore aujourd'hui autour de son assassinat.

Un grand bourgeois qui « appartient au mouvement des travailleurs »

Olof Palme est issu de la bourgeoisie suédoise. Il bénéficie d'une scolarité dans les établissements les plus huppés de son pays et y affiche ses grandes qualités intellectuelles. Polyglotte, il maîtrise les différentes langues scandinaves et parle couramment anglais, allemand, espagnol, français sans oublier quelques notions de russe. Il entreprend en 1948 un voyage aux États-Unis qui l'emmène à travers 34 États. Durant son séjour il est frappé par la pauvreté existant dans le pays le plus riche au monde. C'est une véritable prise de conscience pour lui et on peut dire que ce choc est à l'origine de son engagement social-démocrate. L'année suivante, il visite le bloc de l'est et épouse une étudiante tchèque pour lui permettre de fuir son pays. Il divorce peu après son retour en Suède pour finalement épouser Lisbeth Beck-Friis.

Rapidement après la fin de ses études en droit, Olof Palme intègre l'équipe du Premier ministre Tage Erlander et devient son protégé. Il est même perçu peu à peu comme son dauphin. Deux ans plus tard, Palme est élu pour la première fois au Parlement et s'affirme comme l'étoile montante de la social-démocratie suédoise. En 1963, il fait son entrée au Gouvernement, d'abord comme ministre sans porte-feuille puis deux ans plus tard en charge des communications. En 1967, il s'occupe de l'éducation et des affaires religieuses. Il remplace enfin en 1969 Tage Erlander à la tête du parti social-démocrate et en tant que Premier ministre. Si son mentor fut aimé des Suédois et suscita un certain consensus, Palme fut, lui, très clivant et l'une des personnes les plus haïes, notamment par l'extrême-droite. A la tête du Gouvernement, il prend un certain nombre de décisions qui ne plaisent pas au patronat et à la bourgeoisie conservatrice au premier rang desquelles sa volonté d'user de manière drastique de l'arme fiscale pour réduire les inégalités sociales. Il introduit également la codécision au sein de l'entreprise entre travailleurs et employeurs et lance une ambitieuse démocratisation de l'enseignement. Néanmoins, après avoir dû prendre quelques mesures d'austérité budgétaire, il perd les élections en 1976 et se retrouve dans l'opposition tout en conservant la tête de son parti.

Une aura pacifiste sur la scène internationale

Sur la scène internationale, Olof Palme s'est fait connaître par son opposition à la guerre du Vietnam. Engagement qui lui valut des relations compliquées avec les États-Unis au point que ceux-ci déclarèrent l'ambassadeur suédois, fraîchement nommé à Washington en 1972, persona non grata. Cette décision faisait suite à un discours de Palme où il dressait un parallèle entre les bombardements au Vietnam avec les massacres de Guernica, Oradour sur Glane ou encore Katyn. Les relations suédo-américaines ne reprirent un cours normal qu'en 1974. Par ailleurs, il s'affirma comme un farouche adversaire du régime d'apartheid d'Afrique du Sud et revendiqua la neutralité de son pays durant la guerre froide. Attitude qui lui valut parfois des accusations de proximité avec l'URSS. Il apparut enfin comme un grand défenseur du Tiers-monde et un opposant notoire à l'arme nucléaire. Mais son engagement pacifiste ne l'empêcha pas pour autant de soutenir l'industrie militaire de son pays pour obtenir certains contrats, ouvrant la porte à des critiques l'accusant d'hypocrisie.

Un assassinat non résolu

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Après six ans d'opposition Olof Palme revient au pouvoir en 1982 jusqu'à son assassinat le 28 février 1986 alors qu'il sort du cinéma avec son épouse. Ayant ordonné à ses gardes du corps de rentrer avant de sortir ce soir-là, il est abattu par une balle de 357 magnum dans le dos. Ce meurtre est assimilé à « la fin de l'innocence » pour la Suède selon certains observateurs. Un suspect est arrêté puis inculpé et condamné avant d'être disculpé en appel. La police demeura longtemps convaincu de sa culpabilité, négligeant peut-être certaines autres hypothèses. D'autres pistes menant à l'extrême-droite ou à un complot fomenté par le régime d'apartheid ont été soulevées sans que le mystère ne se dissipe. Le journaliste Jan Stocklassa a récemment publié un livre reprenant les notes et archives du célèbre romancier Stieg Larsson sur l'assassinat d'Olof Palme. Obsédé par la menace de l'extrême-droite, l'auteur de la série Millenium pensait que le Premier ministre suédois avait été la victime du régime de Prétoria et de militants d'extrême-droite. Sans vous en dévoiler la conclusion, le livre de Stocklassa dévoile une Suède aux prises avec une extrême-droite d'abord groupusculaire qui prend de plus en plus d'importance. Un portrait éloigné du paradis scandinave social-démocrate régulièrement fantasmé.

Quelle que soit l'identité de son assassin et bien que son action ne fut pas parfaite, Olof Palme constitue une référence sociale-démocrate. Il rédigea un ouvrage avec Willy Brandt visant à présenter et théoriser leur idéal. Si le monde a changé, la philosophie générale, résumée par la citation suivante, demeure d'actualité : « Nous ne pouvons permettre que l'esprit de concurrence et la volonté de profit décident en matière d'environnement, de sécurité de l'emploi ou de développement technique ». Une pensée que certaines personnes se réclamant de l'idéal social-démocrate seraient bien inspirées de relire.

Kevin Alleno

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