Parcours de militant : Axel Quéval

Récemment élu secrétaire de la section du pays Pourleth, Axel Quéval nous raconte son parcours militant au sein de notre parti entamé en 1972.

Pourquoi es-tu entré au Parti socialiste ?

En décembre 1972, quand j’étais étudiant au Mirail à Toulouse: les élections législatives de mars 1973 se pointaient à l’horizon, et j’ai pensé qu’il fallait absolument faire quelque chose pour mettre fin à l’hégémonie gaulliste qui durait depuis 1958.

Quelle fut ta trajectoire au sein du parti socialiste ?

Je suis parti de Toulouse fin 1973 pour trouver du travail à Paris. J’ai tout de suite commencé
à travailler bénévolement à Synthèse-Flash, qui était le bulletin du courant Poperen, en fait écrit par l’écrivaine et militante Colette Audry, une femme remarquable. Puis j’ai suivi JeanPoperen Cité Malesherbes et place du Palais-Bourbon, les sièges du PS d’alors, au secrétariat à la communication, où j’ai appris à me méfier des grandes agences de pub, puis au secrétariat aux élections. J’ai alors été un des premiers à déménager dans notre magnifique siège de la rue de Solférino en août 1980. Ensuite, j’ai été assistant, puis délégué général aux relations internationales du PS jusqu’à ce que Pierre Mauroy, en 1991, me demande de le suivre à la présidence de l’Internationale socialiste, où il avait succédé à Willy Brandt. J’ai aussi pris la tête du secteur international de la Fondation Jean-Jaurès. En 2005, j’ai trouvé que la direction du PS manquait cruellement de dynamisme et j’ai décidé de ma propre initiative de partir pour entamer une seconde carrière aux Nations Unies, dans les Forces de maintien de la paix, jusqu’à ma retraite en 2014.

Quel est ton plus grand souvenir de militant ?

Incontestablement, la campagne électorale de 1981 quand Mitterrand a gagné les présidentielles. On ne peut même pas s’imaginer à quel point nous étions épuisés, mais quelle récompense ! Cela a été notre plus beau moment, et notre meilleure campagne, entièrement dirigée depuis la rue de Solférino. Depuis, nos candidats ont toujours voulu avoir un siège propre à la campagne, autour de leur personne, mais c’est une erreur. Rien ne vaut, pour l’efficacité, l’utilisation du savoir-faire des équipes au siège, national ou fédéral. Et quelle économie financière! Notre victoire du 10 mai 1981 restera un grand moment dans l’histoire.

Quel est ton plus mauvais souvenir comme militant ?

Les deux dernières années, un véritable cauchemar sans fin, où tout ce que nous avions construit semblait devoir s’effondrer. La déchéance de nationalité, les hésitations autour des réformes, l’interdiction d’une manifestation syndicale (heureusement annulée le lendemain), l’incapacité du gouvernement à réagir à l’offensive Macron, les primaires, le départ de Valls et de Hamon, l’effondrement historique des législatives, la vente du siège… Heureusement, depuis la réunion de la porte de Charenton suivi du congrès d’Aubervilliers, une renaissance s’amorce.

Quelles figures socialistes que tu as pu côtoyer t’ont le plus marquées ?

Jean Poperen et Pierre Mauroy. A première vue, deux personnalités très différentes, et pourtant, elles avaient des points communs: d’abord, une force de conviction peu commune et un enracinement dans les traditions de la gauche: imagine-t-on un seul instant Pierre Mauroy se ralliant à Macron? Ensuite, une capacité de travail étonnante, lorsqu’ensuite, trop de nos dirigeants ont pensé qu’il suffisait d’attendre l’alternance pour se retrouver député ou ministre, sans manifester une véritable ardeur au service de leurs convictions. Mais bien sûr, le rôle de François Mitterrand dans tout cela a été crucial, et je n’oublie pas tant d’autres dirigeants, comme Gaston Defferre, Pierre Bérégovoy ou Laurent Fabius.

Quel regard portes-tu sur le militantisme professionnel ?

Il est indispensable. La politique ne s’improvise pas, et les bonnes équipes se forgent sur la durée. Bien sûr, l’impulsion politique doit être donnée par les chefs élus en congrès, mais si ceux-ci ne peuvent pas s’appuyer sur un appareil solide, ils vont avoir de grandes difficultés à mettre en oeuvre leur politique. Un des drames de la politique aux Etats-Unis, c’est que les partis, en tant que structure, n’existent en fait pas vraiment en dehors du Congrès. On voit les conséquences: la mollesse du parti démocrate, l’arrivée de G. W. Bush, et maintenant de Trump à la présidence.

Comment vois-tu l’avenir du parti socialiste ?

Je suis ravi des décisions du dernier congrès. Le fait même qu’il se soit tenu dans d’excellentes conditions est très rassurant, et le renouvellement des cadres aussi. Cela dit, il reste de nombreux coins de France où le PS en tant que structure paritaire n’existe pratiquement plus. Il nous faut réapprendre à militer. Il nous faut absolument recruter massivement, et sans doute nous organiser différemment.