Que retenir de Jacques Chirac ?

DR Hélène Cayeux OF

Les sentiments qui nous animent à son égard apparaissent ambivalents. Instinctivement, nous vient à l'esprit sa marionnette des Guignols, son côté jovial, sympathique et grand buveur de bière. Roi du salon de l'agriculture, il avait aussi le sens des formules triviales qui vous laissent souvent échapper un sourire : « Les emmerdes, c'est comme les mouches ça vole toujours en escadrilles », « Ca m'en touche une, sans faire bouger l'autre ». Il cultivait aussi l'image du bon vivant symbolisé par son amour de la tête de veau. Comme militant politique nous ne pouvons cependant nous contenter de cela et devons analyser ses actions. On retiendra à cet égard une bête de campagne, un monstre politique qui serrait les mains comme personne. On retiendra aussi son côté « tueur » en politique. Son tableau de chasse est d'ailleurs impressionnant : Chaban-Delmas, Giscard, Balladur, Séguin, Pasqua. Mais s'il fut une machine à conquérir le pouvoir, celui qui fut deux fois Premier ministre et Président de la République pendant 12 ans présente un bilan moins reluisant s'agissant de son exercice.

Le fossoyeur du gaullisme

Jacques Chirac, ce fut d'abord une manière de faire de la politique où l'éthique n'était pas toujours de mise. Impliqué dans des financements occultes de son parti, il eût la chance de trouver d'autres personnes pour assumer les conséquences judiciaires. D'ailleurs, de Juppé à Tibéri en passant par Pasqua, ceux qui ont constitué son entourage politique proche aux diverses étapes de sa carrière présentent des CV judiciaires bien remplis. Jacques Chirac incarne également une certaine idée des relations franco-africaines. Avec lui c'était la Corrèze et le Zambèze, à sa manière. A ces griefs éthiques s'ajoute sur le plan idéologique la transformation du mouvement gaulliste en parti de droite classique, symbolisée par la création de l'UMP en 2002. Il fut d'ailleurs davantage l'héritier de Pompidou que le successeur du général de Gaulle.

Le refus de la guerre en Irak et discours du vel d'hiv

Malgré tout cela, l'Histoire retiendra deux décisions et une formule. La première décision concerne la reconnaissance de la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs pendant la Deuxième guerre mondiale. Il a, du reste, toujours marqué une opposition claire à l'extrême-droite. La seconde décision est le non à la guerre en Irak plein de hauteur gaullienne et marque d'un homme d'État. Sa diplomatie d'une manière générale s'inscrivait d'ailleurs pleinement dans ce qu'on appelle le gaullo-mitterrandisme. Et sur ce plan, à l'exception de l'Afrique, l'entente fut parfaite pendant la cohabitation avec le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine.

Jacques Chirac sut, enfin, trouver la formule parfaite pour décrire la situation climatique à Johannesburg en 2002 : «  Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Si son constat fut pertinent, son action dans le domaine le fut un peu moins. Sur ce point comme sur d'autres, Jacques Chirac n'a cessé de cultiver les paradoxes, affichant une personnalité complexe sur laquelle les historiens auront plaisir à exercer.

Kevin Alleno

En complément :