Rapport Borloo : un constat lucide, des moyens incertains

Lors du conseil municipal de Lanester du 17 mai dernier, le groupe majoritaire a soumis un voeu concernant le rapport Borloo sur la situation des banlieues françaises. Annaïg Le Moël-Raflik est intervenue au nom du groupe socialiste pour soutenir ce voeu et les constats dressés par ce rapport. 

« Le vœu formule des constats que les élues socialistes partagent largement dans les territoires et particulièrement ici à Lanester, où le parc social représente près du quart de l’habitat. Lanester néanmoins n’est pas Clichy ni les quartiers Nord de Marseille. La politique de la Ville qui cible « les quartiers » devrait plus exactement être nommée la politique des Villes car les territoires et leur aménagement sont souvent bien différents. Les quartiers ne sont pas uniformes car ils sont aussi une construction historique, géographique, sociologique.

Ce rapport intitulé « Vivre ensemble, vivre Grand » concerne 1500 quartiers et près de 5,5 millions d’habitants souvent fragilisés par l’accroissement des inégalités sociales, culturelles, l’isolement, par un taux de chômage et de pauvreté élevé ou encore par un nombre conséquent de décrocheurs, confrontés à l’échec scolaire. Les familles monoparentales y sont plus nombreuses tout comme les enfants qui vivent au sein de foyers dont les ressources sont inférieures au seuil de pauvreté. L’analyse des besoins sociaux de la commune confirme que Lanester connaît ces fragilités. Face à ces constats partagés, l’État se doit d’agir. L’appel de Grigny a permis l’interpellation de l’opinion auquel ce rapport, contenant 19 axes d’actions et élaboré avec des élus locaux des 4 coins de France, a le mérite de poser un diagnostic précis des attentes des élus locaux relayant la voix de ceux qui s’expriment peu par pudeur ou honte.

Dans nos quartiers lanestériens, les dynamiques et les liens sociaux entre ses habitants sont variables que l’on vive à Kerfréhour, qui va connaître sa rénovation à Bellevue où dans un quartier comme Kesler déjà rénové. Ces dynamiques de quartier peuvent aussi être fortes en termes de solidarité, de mobilisation et d’entraide. L’atout majeur de nos quartiers repose sur la richesse du tissu associatif, malgré la diminution des contrats aidés par le gouvernement. Saluons aussi le travail des professionnels de terrain (dont nos agents de développement locaux et ceux du département), qui sont des sentinelles face au risque de désocialisation des jeunes ou encore face à la radicalisation, à la montée des communautarismes et intégrismes.  Mais pour qu’il y ait une vie de quartier, une mixité, il faut des services publics locaux, des commerces, des lieux d’éducation, de loisirs, des infrastructures en proximité, face aux problèmes de mobilité.

Le rapport affirme la nécessité de lier l’humain à l’urbain dans l’élaboration de nos politiques publiques, d’aménagement et de développement. La loi Lamy du 21 février 2014 s’inspirait de ce grand principe et reposait sur la transversalité des actions, programmes et innovations sociales. Il nous faut veiller au respect des différents usages des espaces publics par tous, jeunes, femmes, enfants etc. En cela, les initiatives comme les marches exploratoires des femmes, les diagnostics en marchant, la gestion urbaine de proximité sont essentiels et remarquables mais elles nécessitent des moyens financiers et humains qui ne peuvent pas être mobilisés sur nos fonds propres de fonctionnement.

Si les financements spécifiques de l’État venaient encore à diminuer, ce rapport ne serait qu’une utopie malgré ses ambitions et l’espoir qu’il suscite. Il reproduirait ainsi ce qui est devenu une fatalité depuis près de 30 ans : des annonces en fanfares, tant de la droite que de la gauche, et des actes finalement très modestes. Cela, ajouté au clientélisme d’élus de tous bords qui n’hésitent pas à jouer sur les communautarismes pour se maintenir en fonction, a contribué à décrédibiliser la République et ses valeurs. Car si Marianne ne manque pas de susciter des mots doux et des déclarations d’amour en public de la part de nombreux politiques, elle voit rapidement le romantisme céder à la goujaterie dès lors qu’entrent en jeu certaines stratégies électorales.  Les habitants, les élus locaux, les professionnels et les acteurs locaux attendent davantage face à l’accumulation des inégalités territoriales, sociales qu’ils vivent. Ils font partie intégrante de notre République et il ne devrait pas y avoir de territoires ou de quartiers oubliés, stigmatisés.

Le 22 mai prochain, le Président de la République rendra ses arbitrages sur ces 19 axes et espérons que les moyens financiers de l’Etat suivent les grandes ambitions de ce plan pour Lanester, Pontanezen à Brest ou Villejean à Rennes et à Clichy. Ne pas agir, ou saupoudrer quelques millions verrait la situation de nos quartiers se détériorer. C’est avec cette vigilance et cette exigence que les socialistes soutiennent et voteront ce vœu porté par le groupe majoritaire.»

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