Retour sur un mandat qui « comptera dans l’histoire de Rennes »

C'est à un exercice passionnant que s'est livré Dominique Le Tallec. Cet ancien collaborateur de Jean-Yves Le Drian à Lorient et à la Région Bretagne, raconte le mandat de Daniel Delaveau dont il fut le directeur de cabinet à la mairie de Rennes. Il décrit avec recul l'ensemble des défis auxquels est confronté le maire d'une grande ville. Ce type de témoignages est précieux car il nous raconte un mandat de l'intérieur et nous dévoile les convictions et la vision qui sous-tendent un projet politique local.

Un mandat très riche

Estimant l'oeuvre de Daniel Delaveau injustement négligée, Dominique Le Tallec nous expose un mandat d'une incroyable richesse puisqu'il verra le lancement de projets aussi colossaux que la deuxième ligne de métro, la rénovation de la gare ou le couvent des Jacobins. Ce qui nous enseigne qu'un maire agit le plus souvent pour le futur de sa ville, laissant parfois le soin à ses successeurs d'inaugurer ce qu'il a imaginé.

L'ancien directeur de cabinet nous expose la vision de la décentralisation de Daniel Delaveau qui croît beaucoup au couple Région-Intercommunalités. C'est tout naturellement que celui-ci défendra la nécessaire élection de l'interco au suffrage universel direct et qu'il promeut la notion de bassin de vie comme cadre idéal de celle-ci. Assimilant la ville à l'intercommunalité et à la notion d'aire urbaine, il estime que l'interco permettra de sauver les communes. C'est donc en toute logique que l'ancien rocardien prend la tête de Rennes métropole et mutualise certaines directions de la mairie et de ce qui est encore une agglo. Daniel Delaveau fut d'ailleurs un ardent militant de l'acquisition du statut de métropole pour sa collectivité.

Une certaine idée de la décentralisation

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Dominique Le Tallec relate également les relations entretenues par Rennes et la Région et par les différentes collectivités d'une manière générale, chacune ayant ses logiques institutionnelles propres en dépit des bonnes relations humaines de ses dirigeants. Il raconte ainsi les relations parfois délicates entre la capitale bretonne et la Région qui n'ont pas toujours la même vision des choses. Mais il fait part aussi des dossiers sur lesquels les collectivités coopèrent harmonieusement, affichant une parfaite unité du pouvoir politique comme dans la gestion du dossier PSA consécutif à la crise de 2008.

L'ancien directeur de cabinet dévoile par ailleurs une manière d'appréhender la démocratie locale. Le rocardo-mendésiste Delaveau ne cache pas son scepticisme face aux « référendums qui réduisent des sujets complexes à une réponse binaire » et se « méfie des ambiguïtés de la démocratie participative ». Il sacralise en revanche le « contrat passé avec les citoyens à travers le programme municipal ». Ce « contrat » s'accompagne d'une pédagogie et d'une écoute des habitants via des réunions de proximité sur des projets précis afin de les enrichir du ressenti des riverains et des acteurs de proximité.

On observe parfois un décalage entre la réalité du travail accompli et sa perception par le grand public. C'est le cas pour le mandat de Daniel Delaveau. En rédigeant ce livre, Dominique Le Tallec, en plus de constituer un document historique précieux, contribue à réparer cette injustice.

Kevin Alleno

En complément :

 

Mairie. « Six années qui comptent dans l’histoire rennaise », Yann-Armel Huet, Ouest-France, 18 février 2019

 

Plaidoirie pour une véritable décentralisation, Tribune de Daniel Delaveau parue dans Libération, 8 avril 2011