Séance plénière : intervention d’Yves Lebahy

 

Le littoral agressé - Y.Lebahy/R.Le Delezir - Editions Apogée - 2006

Le littoral agressé – Y.Lebahy/R.Le Delezir – Editions Apogée – 2006

Yves Lebahy lors de la séance plénière

Yves Lebahy lors de la séance plénière

 

Yves Lebahy – géographe à l’Université de Bretagne Sud à Lorient, est intervenu en séance plénière. Il est également le co-auteur, avec Ronan Le Delezir, du « Littoral agressé : pour une politique volontariste de l’aménagement du territoire en Bretagne » (Editions Apogée – 2006)

 

Intervenant : Yves LEBAHY

– Professeur agrégé de Géographie
– Enseigne à l’IUP d’Aménagement maritime et littoral (aujourd’hui Master professionnel) Université de Bretagne Sud – Lorient
– Membre du LRDFSS, section « Devenir de l’espace européen atlantique, des régions littorales » – Université de Paris XII Val de Marne
– Initiateur en 1999 du concept de « Pays Maritime».

Auteur de :
Le Pays Maritime : un espace projet original, Presses universitaires de Rennes, 2001
– (en collaboration avec R. Le Delezir), Le Littoral agressé, pour une politique volontariste de l’aménagement en Bretagne, éditions Apogée, 2006

 

Co-auteur de :
La façade atlantique, stratégie et prospective de développement, sous la direction de Guy Baudelle et Jean Chaussade, DATAR/Presses Universitaires de Rennes/ CNRS, 1993
Géographie et Aménagement de la Bretagne, sous la direction de Pierre Yves LE RHUN, éditions Skol Vreiz, 1994
Le Colporteur des Mondes, penser l’atlantique en Europe, sous la direction de Xavier GIZARD, éditions de l’Aube/IAAT, 1996
L’Europe des mers, pour une géographie de l’unité européenne, sous la direction de Jacques BEAUCHARD, éditions de l’Aube/IAAT, 2000.

Et auteur de nombreux articles sur la Bretagne, le Paysage, les questions maritimes et littorales et la Façade atlantique de l’Europe.

Pour une politique volontariste de l’aménagement en Bretagne

Comme tous les littoraux de la planète, le littoral de la Bretagne est le théâtre de mutations profondes et brutales. Dans une économie libérale mondialisée, la mer, dernier espace commun de la planète, est devenu l’objet tout à la fois de fantasmes et de convoitises ; les littoraux, les derniers fronts pionniers. Ils sont aujourd’hui l’objet de tous les intérêts, de toutes les pressions.

Le littoral de la Bretagne n’y échappe donc pas. Depuis la fin des années 90, une pression touristique et de villégiature s’y applique d’une manière difficilement contrôlable, tant l’attrait que ce littoral suscite est fort, répondant en cela à l’engouement de populations, souvent urbaines, conditionnées par les logiques d’une société de consommation. La question n’est pas spécifique à la région. Ce qui l’est davantage, c’est le fait que cette pression récente et majeure en France s’applique sur un littoral ici fortement peuplé. Depuis de nombreux siècles la population de la région vit majoritairement sur la plaine littorale, laquelle concentre les deux tiers de ses habitants. Il en est résulté une organisation particulière, des activités originales, souvent primaires, liant les potentialités de la terre et de la mer. Tout cet équilibre est actuellement bousculé.

Le phénomène se traduit par une envolée du prix des terrains et de l’immobilier, un développement de la résidence individuelle souvent à fonction secondaire. Conséquence, toute la société se trouve aujourd’hui déstabilisée par l’arrivée sur nos territoires de cette mono activité de villégiature : urbanisation en nappe, éviction progressive des activités primaires ou secondaires traditionnelles, exclusions sociales et générationnelles, migrations internes à la région des populations, nécessité de satisfaire les besoins nouveaux en eau, en matériaux. A l’échelle européenne, la Bretagne est devenue un immense littoral. Nulle portion de son territoire n’échappe aux dynamiques en cours. Ainsi, toute la région se trouve soumise aux intérêts en cours sur cette seule portion de son territoire.

Mais si l’activité de villégiature occupe actuellement le devant de la scène, il ne faut en rien oublier qu’elle est par nature instable, consommant le milieu naturel, les paysages et les identités. Elle masque par ailleurs d’autres usages de la mer et du littoral qui seront tout autant déstabilisateurs du milieu et des sociétés. Car la mer et le littoral sont riches de potentialités nouvelles : ressources minérales et énergétiques, activités industrialo-portuaires liées à la mondialisation des échanges. Toutes renforceront les fonctions d’interface du littoral, toutes structureront de plus en plus son aménagement dans des compétitions sans cesse croissantes et complexes.

Il nous faut donc dès à présent anticiper ces mutations pour ne pas les subir, comme c’est le cas malheureusement en ce moment. Elles peuvent en effet, si on les gère bien, constituer à l’inverse une opportunité formidable pour la région. Ces enjeux maritimes et littoraux offrent en effet la possibilité de concevoir un autre aménagement, garant d’une qualité de vie à condition de ne pas être inféodé aux seules logiques de l’économie marchande et de la technicité qui l’accompagne. Mais cela suppose la définition d’un vrai projet de société axé sur cette gestion du littoral et de la mer.

Consciente de tels enjeux, la région se dote actuellement d’une charte du littoral. Mais au-delà de l’intention, ces engagements supposent d’abord une adhésion des populations au projet, ce qui implique information, débat et participation. Mais surtout seule une volonté politique forte peut conduire à son application et à la définition des choix à opérer. C’est le défi que doit affronter notre société. La question de la volonté politique, c’est-à-dire sa représentation, est là essentielle.

L’intervention, au-delà des constats rapides de la situation actuellement observable, s’intéressera particulièrement aux contradictions soulevées par les logiques actuelles de « développement » et surtout s’interrogera sur les conditions de mise en place d’un effectif projet de société axé sur la mer.

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