Éditorial : Le sens de l’Europe

 

En mai prochain, les électeurs des 27 États de l'Union européenne désigneront les 705 députés qui siègeront au parlement. Un rendez-vous majeur dont on pourrait attendre qu'il occupe les esprits et les débats. 

Et pourtant, nous le savons, il y aura presque immanquablement un mélange des genres : on parlera politique intérieure, choix gouvernementaux, stratégies municipales. 

On regrettera, comme à chaque fois, le manque d'intérêt de plus de 512 millions de citoyens pour le scrutin. On déplorera la complexité de l'Union européenne, son éloignement, la logique même de sa construction. 

On redira qu'on s'est trompé, qu'une monnaie commune seule ne pouvait prétendre fédérer, qu'il aurait fallu faire autrement. 

Et puis, probablement on rappellera quand même ce qu'on lui doit, à cette Union. 

Et on espèrera que la légitime gratitude à l'endroit de ses fondateurs et de ceux qui l’ont fait vivre suffira à la sauver des griffes d'un populisme vorace. 

Mais rien ne serait plus dommageable que de se contenter de cette approche. D'abord parce que ça ne suffit plus. 

Les apports réels de la construction européenne n'empêchent pas aujourd'hui la quête de sens. 

Ensuite parce qu'en limitant les débats à un raccourci "pro ou anti" nous aurions vite fait d'éteindre la voix de la Gauche, celle des sociaux démocrates. 

Elle est pourtant précieuse dans l'Europe d'aujourd'hui, cette voix qui dit la pertinence de l'échelon européen pour relever le défi climatique, celui de la sécurité, pour protéger les droits fondamentaux des citoyens européens, pour bâtir une politique migratoire conforme à nos valeurs humanistes. 

C'est le sens du travail que les socialistes ont conduit ces derniers mois et qui a permis l'émergence d'un texte largement voté par les militants la semaine dernière. 

C'est le sens qu'il nous faut désormais donner à la campagne qui va s'ouvrir. Redonner du sens à l'Europe pour "dépasser la coalition d'États" et véritablement "unir des hommes" conformément au vœu de Jean Monnet. Oui nous avons besoin de l'Europe et l'Europe a besoin de la Gauche. 

Émilie DERRIAN-CHATARD