Suzanne BUISSON, pionnière du féminisme et héroïne de la Résistance


Notre parti ne manque pas de grandes figures héroïques. On se remémore régulièrement avec fierté ces hommes qui donnèrent parfois leur vie pour défendre la République. On parle plus rarement des femmes. Son nom ne vous dit sans doute rien, pourtant Suzanne Buisson fut de ces personnes qui se sacrifièrent pour que la France regagne la liberté et la République sa dignité.

Pionnière du féminisme

Née Suzanne Lévy en 1883, elle rentra au Parti socialiste ouvrier révolutionnaire à 17 ans contre l’avis de ses parents. Expression précoce d’un fort tempérament qui n’eût jamais besoin de l’outrance pour s’exprimer avec conviction. Ce parti se rapprochant de ses homologues socialistes français, elle intégra naturellement la SFIO en 1905, parti auquel elle fut fidèle jusqu’à la fin. Contrainte d'abandonner ses études très jeune, elle compléta sa formation intellectuelle grâce au parti et aux université populaires. Elle y rencontra son premier mari, Charles Gibault, qui cultivait comme elle une grande curiosité. De cette union naquit une fille. Mobilisé au front pendant la Première guerre mondiale, Charles ne reviendra pas vivant, laissant ainsi Suzanne seule avec sa fille. Elle se remaria quelques années plus tard avec Georges Buisson.

Du socialisme, Suzanne Buisson retint surtout le message d’émancipation. Message d’émancipation pour les ouvriers bien sûr, mais aussi pour les femmes. Elle fut ainsi une militante inlassable de l’égalité femmes-hommes qui devait se traduire par « un salaire égal pour un travail égal » dans les métiers mixtes mais aussi pour les métiers exclusivement féminins par « un salaire minimum de base, salaire vital qui permet une vie normale, une vie intellectuelle active, qui comporte des possibilités de loisirs et de développement personnel ». Cet engagement en faveur de la cause féministe se traduisit par son poste de secrétaire du comité national des femmes socialistes de 1931 à 1939 et de responsable de la rubrique « la femme, la militante » dans Le Populaire, l’organe de presse de la SFIO. Comme le précisa plus tard Marthe Louis-Lévy « c'est elle qui créa vraiment les premiers cadres féminins dans le Parti socialiste français. » C’est dire son importance dans l’histoire de notre parti.

Dirigeante du parti socialiste clandestin

Membre éminente de la SFIO dans les années 30, elle se montra plus précieuse encore durant l’occupation. Tandis que le parti était dissout, elle fut de ceux qui œuvrèrent pour le faire renaître dans la clandestinité. Le but était bien entendu de se servir de cette organisation pour lutter contre l’occupant et le régime de Vichy. C’est ainsi qu’elle fit partie du bureau du comité d’action socialiste désigné le 30 mars 1941 à Nîmes par les 8 délégués des diverses régions de la France socialiste en compagnie de Félix Gouin, Lucien Hussel et Daniel Mayer. Agée de plus de soixante ans, elle n’hésita pas à accueillir chez elle les résistants traqués par la police de Vichy. Elle s’occupa aussi en parallèle de la trésorerie du parti et participa aux nombreuses réunions secrètes qui animaient alors la Résistance. Comme le raconta Daniel Mayer « c’est à elle que l’on confiait les missions les plus humaines, les plus délicates, celles qui avaient besoin de tact pour circonvenir, ou adoucir, pour convaincre ».

Le 1er avril 1944, une réunion du comité d’action socialiste devait se tenir au 85 avenue de Saxe à Lyon. L’immeuble en question était en réalité devenu une véritable souricière pour les nazis. A la suite de l’arrestation de nombreux camarades deux jours plus tôt, Daniel Mayer décida de changer le lieu de la réunion. Mais tous les participants n'étaient pas au courant et Suzanne décida donc de faire les cent pas devant l’immeuble pour les alerter. Elle fût arrêtée au bout de quarante cinq minutes par la Gestapo qui la tortura ensuite sans qu’elle ne révèle de secrets. Et c'est alors défigurée, tuméfiée qu’elle fût déportée en camp de concentration. A partir de ce moment, nous n’avons plus de trace d’elle. Nous ne savons pas le jour exact où elle succomba. Ses amis, ses camarades, son mari attendirent désespérément son retour à la libération. Mais elle ne revint pas. Son mari Georges mourut de chagrin en 1946, une fois envolés les derniers espoirs de son retour.

Résistante héroïque

Qui mieux que Léon Blum pour conclure cet hommage : « Avant la guerre chacun dans le Parti respectait et admirait Suzanne comme un modèle. Elle était la militante accomplie, exemplaire, à qui le Parti peut tout demander, qui ne recule jamais devant aucune charge, qui d’ailleurs est apte à les remplir toutes par le caractère vraiment absolu du dévouement et du désintéressement. Mais des crises comme celles de la déroute et de la résistance agissent sur les êtres avec un étrange pouvoir de révélation. Chez des hommes que l’on croyait forts et purs on a vu apparaître la faiblesse ou la bassesse. Chez cette femme exacte, laborieuse, méthodique, modeste jusqu’au scrupule, une véritable héroïne s’est levée soudain. Parmi les noms qu’aucun socialiste de France n’aura le droit d’oublier jamais, car ils sont liés à la résurrection de notre parti en même temps qu’à la libération de la patrie, celui de Suzanne Buisson figure au premier rang. Dans la vie normale du Parti elle n’avait hésité devant aucune tâche ; dans la lutte clandestine, elle n’a reculé devant aucun danger. Le dévouement s’est haussé jusqu’à la plus téméraire intrépidité ; le désintéressement jusqu’au plus pur sacrifice. Et c’est bien par un sacrifice volontaire, en s’exposant sciemment pour avertir à temps un camarade d’un piège tendu par la Gestapo, qu’elle a finalement donné sa vie. »

Kevin Alleno

 

En complément :

Hommages publiés sur le site de l'OURS