Un Département sans ambition sociale

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Extrait de l'intervention de Gaëlle Le Stradic lors de la dernière session départementale

Monsieur le Président,

Nous sommes réunis pour examiner les comptes administratifs de notre collectivité. Non pas émettre une projection mais rendre compte de la réalité comptable de ce qui s’est passé en 2018. Nous terminons cet exercice 2018 avec un résultat excédentaire de + de 46 millions d’euros. Nous augmentons de 67% le bénéfice par rapport à 2017. Belle performance, pourrions-nous penser… et c’est assurément le message que vous allez communiquer aux Morbihannais.

Une volonté politique de ne pas faire

Si les collectivités ne doivent pas vivre dans le rouge, elles ne sont pas non plus obligées d’être lucratives ! Notre collectivité dispose assurément de marges de manœuvre financières importantes. Et il est nécessaire de toujours rappeler aux Morbihannais les deux raisons majeures :

Premièrement : du côté des recettes, la dynamique fiscale offre des recettes croissantes à l’image des droits de mutation. Entre 2015 et 2018, le Département a perçu 90,4 millions d’euros de plus, que les prévisions faites au moment du vote des budgets. C’est énorme ! Et cela doit interroger sur la sincérité des chiffres annoncées en décembre. Si vous sous-estimez les recettes, vous ne pouvez évidemment pas mettre de dépenses en face…L’argument du manque de moyens ne tient plus. C’est bien une question de volonté politique de faire…ou de ne pas faire !

Une politique de solidarité vidée de sa substance

En effet, la deuxième raison dépend concrètement des politiques menées : depuis des années, votre majorité dépense moins sur sa compétence principale la « Solidarité » que les 3 autres Départements bretons. Par exemple nos dépenses de Solidarité par habitant sont systématiquement inférieures de 15% au Finistère. En matière de famille et enfance pour l’année 2017 : le Morbihan a dépensé 100€ par habitant contre 140€ par habitant pour les Côtes-d’Armor.

Dans le domaine de l’insertion, la part consacrée aux actions diminue régulièrement depuis 2013. Il faut savoir que le système qui est en train de se mettre en place conduit à arrêter des accompagnements jugés désormais trop sociaux. Ce qui est révoltant, c’est que rien n’est prévu pour ces personnes. Le service social n'a pas de plan b, d'alternatives pour pallier le rôle des ateliers d'insertion par exemple. On vit une époque formidable : la collectivité, chef de file des solidarités, organise l’exclusion de personnes fragiles.

Une autre politique était possible

Nos analyses politique et financière étaient pertinentes au moment de l’examen du budget que vous proposiez pour l’année 2018. Nous expliquions que l’Etat avait fixé une limite de 1,2% de hausse des dépenses réelles de fonctionnement. Ce qui signifiait qu’en 2017, avec 553 millions d’euros de dépenses réelles de fonctionnement pour notre collectivité, notre plafond 2018 était de 559,6 millions d’euros, sans même compter l’exception de 2% pour les dépenses de RSA/APA/PCH. Nous avons donc un écart de 19 millions d’euros en 2018, entre le plafond autorisé et les 540 millions d’euros de dépenses réelles de fonctionnement présentées dans le compte administratif.

Sans hausse d’impôts, avec une dette soutenable et responsable, tout et en respectant le cadre de 1,2% de hausse des dépenses de fonctionnement fixé par l’État : 19 millions d’euros auraient pu être mis au service des secteurs qui en ont besoin :

  Transition écologique de nos bâtiments,

  Services sociaux renforcés,

  Une politique associative plus ambitieuse.

 

Gaëlle LE STRADIC

EN COMPLÉMENT :

Les bons comptes ne font pas toujours les bons amis, Le Télégramme, 22 mars 2019