La Chine, puissance révisionniste

Les menaces récentes de l’ambassadeur de Chine en France à l’égard du chercheur Antoine Bondaz illustrent la stratégie offensive du régime chinois aujourd’hui. Finie la politique du « profil bas ». La Chine entend s’affirmer comme la première puissance mondiale et façonner un ordre international conforme à ses valeurs. Tout sauf rassurant lorsque l’on voit ce qu’elle a fait à Hong-Kong, au mépris de ses engagements internationaux et surtout au Xinjiang.

La bataille pour le leadership

La Chine, longtemps restée discrète, surtout après la répression de Tian An Men, entend, depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping, s’imposer comme la première puissance mondiale. Le défi est ainsi lancé aux Etats-Unis qui ont, d’ailleurs, bien compris la menace puisqu’ils ont impulsé avec Barack Obama le pivot stratégique faisant de l'Asie le principal enjeu de leur politique étrangère.

Pour parvenir à son but, la Chine a notamment mis en place les nouvelles routes de la soie, destinées à bâtir des infrastructures pour faciliter le commerce entre la Chine et l’Europe. Elle investit notamment dans de nombreux ports, comme celui du Pirée en Grèce, mais aussi en Afrique ou dans des ports d’Asie du Sud-Est. Le danger est que lorsqu’un Etat s’est trop endetté auprès de la Chine et se retrouve en incapacité de rembourser, celle-ci s’approprie le port. C’est ce qui est arrivé notamment au Sri Lanka. Le régime communiste chinois adopte aussi un comportement offensif en Mer de Chine où il dispute un certain nombre de territoires et de zones économiques exclusives à d’autres pays, et entend également remettre en cause le principe de liberté des mers. Ce qui l’oppose aux Etats-Unis. Reste à savoir si l’on assistera au « piège de Thucydide » mis en relief par le politiste Graham Allison et qui veut que la puissance hégémonique déclare la guerre à la puissance montante pour l’empêcher de la surpasser. Ou si la formule de Raymond Aron sur l’affrontement URSS-Etats-Unis « Paix impossible, guerre improbable » du fait de l’équilibre nucléaire se vérifié de nouveau.

Façonner un nouvel ordre international

La Chine, en plus de vouloir être la puissance n°1, entend façonner l’ordre international à son image. C’est-à-dire en opposition au modèle de la démocratie occidentale qu’elle juge décadente. Cela s’est observé avec Hong-Kong dont elle a remis en cause le régime démocratique, contrairement à ses engagements au moment de la rétrocession du territoire par la Grande-Bretagne. La prochaine cible est Taïwan. Et la force du soutien américain est scruté par les décideurs chinois. La moindre faiblesse et le régime chinois n’hésitera pas à annexer cette démocratie.

Les Etats-Unis ont fait des erreurs monumentales et des actes répréhensibles comme, par exemple cette invasion de l’Irak de 2003 dont on paye encore aujourd’hui les dégâts en Europe. La constitution de Daech étant d’ailleurs l’une des conséquences de cette décision irrationnelle. Mais un ordre international dominé par un régime qui pratique des violations des droits humains à une échelle industrielle sur son territoire, comme elle le fait avec les Ouigours, aurait de biens pires inconvénients.

L’Europe, à la croisée des chemins

C’est lorsque l’on voit poindre une telle menace de la part d’un régime qui épouse bien des traits de la dystopie orwélienne 1984, que l’on mesure à quel point il est urgent que l’Union européenne devienne un acteur stratégique de premier plan. Malheureusement, comme le dit Hubert Védrine « les Européens se sont crus dans le monde des bisounours alors qu’on est dans Jurassic Park ». A cette incompréhension du monde dans lequel on est s’ajoute, non seulement une complaisance à sortir de l’Histoire chez certains, mais, plus grave, une déférence de quelques intellectuels et responsables politiques vis-à-vis de la Chine. On peut notamment citer l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin ou le doyen honoraire de la faculté de droit de Strasbourg. Pour faire face aux défis internationaux qui sont devant nous, les dirigeants européens vont devoir sortir rapidement du mythe de la mondialisation heureuse. Sauf à consacrer définitivement l’UE dans une position subalterne.

Kevin Alleno


SOMMAIRE :



EN COMPLÉMENT :


La Chine : modèle économique, ennemi politique?, Axel Quéval, Le Rappel du Morbihan, n°174


Chine : le centre du monde ? - Une Leçon de géopolitique #15 - Le Dessous des cartes | ARTE


Chine : réseaux sociaux et diplomatie – Une Leçon de géopolitique #30 – Le Dessous des cartes | ARTE


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