Vue sur une œuvre : Bertrand Tavernier, une certaine idée du cinéma

Bertrand Tavernier est mort, et avec lui une certaine idée du cinéma. Conception que ne partageait pas Libération qui, par la plume de Didier Peron, a brocardé, en guise d’éloge funèbre, un cinéma « populaire et pesant ». C’est à ce genre de sentence méprisante que l’on comprend pourquoi les classes populaires se sont détournées d’une gauche devenue snobe.

Difficile de résumer une œuvre si prolifique en quelques lignes, aussi l’avis qui suit ne peut-il être que partiel et partial. On peut retenir des films de Bertrand Tavernier un certain regard fataliste sur l’Histoire. On peut penser à cet égard à La Princesse de Montpensier qui raconte la guerre entre catholiques et protestants et la sinistre Saint Barthélémy. Le fatalisme anime aussi le Régent incarné par Philippe Noiret dans Que la fête commence, film typique du cinéma des années 70 et de son esprit de liberté. Il y est accompagné de ses deux comparses Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, au sommet de leur art. Le premier incarne l’abbé Dubois, âme damnée du régent, ecclésiastique athée, tenancier de bordels à ses heures perdues et anti-clérical. Une prestation jubilatoire qui valut à l’acteur le césar du meilleur second rôle. Jean-Pierre Marielle joue, lui, le marquis de Pontcallec, noble breton qui fomente une conspiration (un peu foireuse) pour rendre la Bretagne indépendante. Citons également la prestation toute en finesse de Christine Pascal, écorchée vive qui connut un destin tragique.

Bertrand Tavernier c’est aussi, toujours avec Noiret, La fille de D’Artagnan avec également Sophie Marceau, ainsi que Quai d’Orsay, adaptée de la BD du même nom, qui suit les tribulations d’un ministre des Affaires étrangères aux faux airs de Dominique de Villepin. On y trouve aussi, en second rôle, un Niels Arestrup en directeur de Cabinet flegmatique, un brin désabusé, qui essaye de tempérer désespérément un ministre exubérant. C’est aussi ça la beauté du cinéma de Tavernier, des seconds rôles savoureux qui ne sont pas, comme trop souvent le cinéma français en produit, des simples faire-valoir destinés à faire briller la tête d’affiche.

On aurait pu citer des chefs-d’œuvres comme Le Juge et l’Assassin, Coup de Torchon, L’Horloger de Saint-Paul où il donna des rôles merveilleux à Galabru, Noiret, Marielle, toujours. Mais la place nous manque. On ne peut que conseiller au lecteur frustré de se faire son propre avis en regardant ses films.

Noiret est mort, suivi par Rochefort puis Marielle, et maintenant Tavernier. Si la fête est finie, il nous reste cependant leurs œuvres pour y chercher un peu de réconfort. Car cela sert aussi à ça la culture.

Kevin ALLENO

EN COMPLÉMENT :

 

Le cinéma français fait son cinéma - C à vous - 07/10/2016

Bertrand Tavernier : Le réquisitoire de Pierre Desproges | Archive INA